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A l'occasion des 100 ans de Lanester, la mairie a demandé à trois artistes locaux de regarder la ville et de retranscrire, de recréer leur vision à travers leur art respectif : l'installation et la mise en espace pour Perrine Clabecq, la peinture pour Dominique Haab-Camon et la gravure pour Marie-Claire Corbel. Pour Ze-News, ils nous font pénétrer, un peu, dans les coulisses de leur création.
Perrine Clabecq a grandi à Lanester. Diplômée des Beaux-Arts de Paris, elle a choisi pour cet anniversaire d'évoquer un site important de Lanester à travers une installation tout en symboles, en matières et en sonorités :
L'inspiration. J'ai un jour regardé sur internet une vue aérienne de Lanester sur le site de la CTRL. On remarque dans une anse du Scorff une zone avec des routes en pointillé située vers la rue Jean Jaurès. J’ai pris le bus pour aller vérifier, arrêt "Anse", puis une toute petite marche à pied pour tomber à l’angle de la rue Guyomard, sur une entrée anciennement majestueuse, fermée par des plaques de contreplaqué et un panneau "Entrée interdite". C'était l'ancienne scierie Périgault fermée en 1987. J'ai tout de suite aimé l’endroit, tout est mélangé à des éboulis de morceaux de bâtiments qui sont quasiment des sculptures faites par le temps et l’usure. Une balade hors du temps et en marge de la ville. Des mûres à manger partout. J’ai été émerveillée par l’architecture et le potentiel "inspiratoire" du lieu. Habituée des visites d’usines désaffectées, chaque fois que j’en croise une, j’étais loin de penser qu’une telle splendeur s’était trouvée sous mon nez pendant si longtemps.
La mise en forme. Je suis revenue pour dessiner et prendre des photos avec un ami. Lors des visites précédentes j’avais bien "déliré" sur l’acoustique du bâtiment en arc de cercle de béton qui ressemble à un hangar d’aéroport. A mon avis une gageure architecturale de l’époque de construction. Comment une scierie fonctionnait-elle avec cette acoustique ? Avec le bruit des machines ça devait être violent pour les ouvriers. Je suis venue avec deux amis et nous avons fait des prises de son en cassant du verre dans le bâtiment et avons imaginé les fêtes qui ont eu lieu là vu les cadavres de bouteilles... Le bruit de nos pas dans l’enceinte du bâtiment est proche des crissements de la marche dans la neige. Nous enregistrons tout. Lors d'une visite suivante, les panneaux bouchant l’entrée avaient été réinstallés. On ne pouvait plus prendre la porte royale. Dommage ! Obligée de passer par les fenêtres. En venant comme ça, pour rien, j’ai vraiment le sentiment que cet endroit n’existe pas. Pourtant, en regardant ma carte bien quadrillée par les rues croisées à angle droit de Lanester, rien n’indique son inaccessibilité. Cette inspiration a donc donné une installation que j'ai nommée "Us(in)age".
Le peintre Dominique Haab-Camon est né en 1950 et vit aujourd'hui à Lanester. Il peint depuis près de 40 ans et son travail, fait de matière et de lumière, est très présent dans la vie artistique de la région.
L'inspiration. J'aime partir d'une chose existante ce qui est pour moi indispensable pour échanger et communiquer plus simplement avec le spectateur, même si ma peinture peut avoir un côté inaccessible parce que proche de l'abstraction. Dans un premier temps, l'idée était de me servir des volume offerts par les maisons et les immeubles des résidences, pour travailler sur une composition géométrique avec la volonté, ou l'envie, d'aller vers une "monochromie" tirant plutôt sur les couleurs claire et des matières que propose l'urbanisme (crépi, signalisation au sol...). Mais, trop de géométrie tue la géométrie et la mayonnaise n'a pas pris. J'ai donc opté , sans trop d'hésitation, pour la solution sans maison, sans géométrie et sans goudron.
La mise en forme. J'ai donc choisi de peindre tous les endroits ou je vais me promener, des endroits ou je me sens plus à l'aise parce qu'il n'y a pas de ligne droite. La ligne droite intervient depuis peu de temps dans mes peintures, elle a son importance mais ce n'est pas l'élément qui domine. Elle sert en quelque sorte de point de repère, souvent de ligne d'horizon.
Quand on dit que l'on a la chance d'avoir tel endroit près de chez soi, on ne pense jamais à une zone pavillonnaire ou à une la résidence mais plutôt à des endroits agréables comme les rives du Blavet, la rivière du Plessis ou les parcs dans la ville, sans omettre les petits endroits oubliés parce que difficilement accessible et qui offrent à l'artiste toute la poésie nécessaire pour faire démarrer le processus de création.
Marie-Claire Corbel est née à Lanester en 1979. Diplômée de l'ESA de Lorient puis de l'école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en 2004, elle est une personnalité importante de la jeune gravure actuelle.
L'inspiration. J’ai choisi de montrer une vision à la fois humaine, sociale et intime de la cité, à travers une série de portraits gravés d’un ensemble d’habitants que je côtoie et de leurs proches. En constituant cette collection de Lanestériens, j’interroge mon identité, celle de la ville, de ceux qui la composent. Y a-t-il un "phénotype" lanestérien ? Quel est le lien entre ces personnes? Leur dénominateur commun dépasse-t-il le simple fait de partager une situation géographique ? A la manière d’une sociologue novice, j’ai échafaudé le postulat qu’il existe un caractère lanestérien.
La mise en forme. J'ai d'abord rencontré les gens et j'ai passé un moment dans leur intimité. Je les ai pris alors en photo, plusieurs fois. J’ai sélectionné l’image la plus juste, avec la volonté d’une diversité d’expressions. J’ai extrait la figure pour la placer au centre de la composition. Puis j'ai démarré la gravure. C’est un processus long, une opération «magique» durant laquelle tout peut basculer, chaque intervention transforme durablement le sujet. L’art de la gravure consiste entre autre à manier toutes les inversions possibles, à anticiper et imaginer le résultat que la matrice créée fera naître. Enfin, je sérigraphie sous chaque portrait un code coloré cohérent avec le système que j’ai inventé, créant ainsi l’unité de l’ensemble, comme une mélodie qui parcourt la série. Ça a donné une une suite d’estampes (entre 20 et 30), chacune présentant un visage gravé en noir et blanc d’une dimension de 20/25 cm sous lequel un bandeau de codes couleurs est sérigraphié. Chaque signe constituant l’identité du bandeau a un sens mais c’est aussi le prétexte pour une composition formelle et colorée visant à créer le lien entre chaque portrait. Il s’agit d’un portrait de groupe, de classe, d’époque, dans lequel je sens foncièrement mon appartenance.
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